
Post-scriptum. Pour répondre à certains commentaire privés et néanmoins amicaux, non je n’ai pas cautionné un régime ou des violences djihadistes en allant faire un tour rapide, trop rapide, à Damas. Je voulais juste vérifier par moi-même la situation de la capitale après des années de violence et de terreur policière, y compris des bombardements de la banlieue par la propre armée syrienne.
Et contrairement à ceux qui se font une opinion définitive au vu de certaines vidéos d’une violence extrême, je me garde bien d’émettre un avis sur les horreurs incontestables commises dans la région de Lattaquié. Du reste je me garde de toute conclusion politique après cette visite éclair dans une capitale encore incertaine sur son devenir, n’étant plus journaliste et n’ayant pas les contacts ni les clefs de compréhension pour essayer de déchiffrer ce qui se passe en Syrie. Je laisse ça aux envoyés spéciaux regroupés dans le Cham Palace Hotel, j’ai préféré me réfugier dans les ruelles du quartier chrétien de Bab Touma que je connais (un passant m’a même demandé on chemin…), où d’anciens palais ont été restaurés en hôtels de charme et n’attendent que le retour des touristes.
Pour ce qui se passe ailleurs, j’en suis à butiner sur le Net en faisant le tri des vrais spécialistes, il y en a qui suivent l’actualité syrienne sans parti pris et sans indulgence pour le nouveau régime, qui n’a que trois mois d’existence. J’en suis resté à percevoir la sourde inquiétude à la fois de la population et des autorités, qui redoutent les excès des franges radicales de la coalition hétéroclite rassemblée par le nouveau dirigeant et qu’il n’a pas fini de canaliser. Je n’ai pas assisté au rassemblement de samedi pour célébrer l’anniversaire de l’isurrection du 15 mars 2011, mais ce que j’en retiens d’après différentes sources c’est l’important déploiement de forces pour éviter tout débordement.
A Damas en tous cas, on craint autant les mouvements radicaux ou centrifuges que ceux qui les manipulent de l’extérieur, hier la Turquie, aujourd’hui encore l’Iran qui soutient les résistants pro-Bachar, et Israël qui soutient l’irrédentisme druze tout en n’hésitant pas à venir bombarder jusqu’à Damas.
Alors, peut-on venir ou pas à Damas en ce moment ? La totalité des sites de voyage le déconseillent. Le site du ministère des affaires étrangères également. Pas la peine de risquer un enlèvement pour qui n’a pas l’habitude de circuler par ici. Effectivement c’est encore un peu tôt pour le tourisme, faute de pouvoir circuler vers les sites archéologiques. En revanche les ONG de toute tendance circulent apparemment sans problème d’un bout à l’autre du pays, j’ai rencontré une jeune volontaire arabisante qui revenait d’Idlib et d’autres régions reculées. Car l’urgence est à l’aide humanitaire : avec un début de retour massif de réfugiés exilés ou déplacés dans le pays, y compris ceux qui fuient la région de Lattaquié, et en l’absence de structures, l’aide humanitaire, médicale et alimentaire est de première urgence.
Et puis il faut prévoir la levée des sanctions économiques, les pays européens y arriveront, même s’ils ne sont pas encore d’accord entre eux sur le sujet. Comme toujours, comme à Cuba, en Iran et même en Russie, c’est la population qui souffre de ces sanctions, pas les dirigeants. Et derrière, il y aura l’immense chantier de la reconstruction et du redémarrage de l’économie syrienne. La Turquie arrivera la première, il serait dommage que les pays européens ne voient pas à la fois leur intérêt et celui d’une population qui n’attend que ça, et la France jouit encore ici d’un certain rayonnement.
Au fait, sur un plan concret, aller en Syrie depuis le Liban est d’une facilité déconcertante. Le visa se délivre à la frontière (mais ça change tous les jours), on peut changer ses dollars partout, à aucun moment je n’ai eu l’impression d’être suivi ou surveillé, on a décidément changé d’époque !
16 mars 2025
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