Toujours répétitive et toujours différente, la fête de la bière à Munich est un rituel bicentenaire qui conserve une étonnante vitalité, en développant chaque année son affluence sans renier ses origines.

Au départ la célébration du mariage du roi Louis premier de Bavière (Louis II ne s’est pas marié, me dit-on), cette fête bavaroise a gardé toute son authenticité : elle reste d’abord une fête par et pour les Munichois, qui se préparent à l’avance et s’y rendent en cérémonie, avec des vêtements qui n’ont de montagnard que l’apparence mais sont souvent très élaborés et élégants.
Bien sûr c’est un événement touristique majeur, avec sa cargaison de touristes américains, italiens ou japonais surtout venus pour battre des records de dégustation de bière. Si l’on peut encore parler de dégustation au-delà de cinq litres avalés…

Mais peu importent les touristes, ce qui compte c’est la fête que se donnent entre eux les habitants de la capitale bavaroise avec, comme à la Féria de Séville (pardon pour la comparaison, elle risque d’être aussi mal perçue à Séville qu’à Munich), ses endroits réservés, ses tentes un peu plus huppées louées par les familles et les entreprises du cru.
Culottes de peau s’arrêtant sous le genou et chemises brodées pour les hommes, robes longues et colorées pour les femmes avec un chemisier blanc au décolleté plongeant et très festif, chars à bière traînés par des trains de chevaux décorés de plumes, c’est tout un cérémonial qui préside à l’arrivée sur les lieux de l’Oktoberfest, dans le cadre malheureusement commercial d’un banal Luna Park.

Sous les tentes immenses décorées aux couleurs de l’une des marques de bière, les tablées sont autant d’espaces réservés par une même communauté de pareents, d’amis ou de colègues, où l’on s’installe à 16 heures pour un dîner qui s’étend jusquà 22h30, 23 heures – et peut se terminer ailleurs pour les plus courageux, car les tentes elles-mêmes ferment à 23 heures.
Une fois assis, commence le spectacle incroyable de ces serveuses venues de tous les coins de la région, solides paysannes apportant dix bocks d’un litre à la fois – la sélection est sévère et les places sont chères car elles rapportent suffisamment pour que certaines serveuses aient cette seule activité dans l’année…


L’organisation est rigoureuse, malgré l’impression trompeuse d’une immense confusion : il faut que ces serveuses gèrent simultanément les commandes de bière, de “radler” (le panaché mi-bière, mi-limonade), de bière sans alcool et même de jus de pomme, tous les bocks ayant la même couleur pour un non–initié. Le ballet de la bière qui arrive est incessant, et l’orchestre rythme son concert d’un même refrain tous les quarts d’heure: “ein prosit, ein prosit, ein prosit der gemütlichkeit !”.


On boit progressivement, en grignotant de la charcuterie, des bretzels, du poulet… Suffisamment pour s’animer sans s’enivrer, et pour reprendre avec la foule les refrains les plus connus, en chantant de plus en fort – et de plus en plus faux, mais personne n’y fait attention. On dans dans les allées trop serrées, on finit par grimper sur les bancs, puis sur les tables… et trouver ça parfaitement normal, dans une ambiance très bon enfant.
Sans verser dans la trivialité, il faut quand même signaler que tout est prévu dans le moindre détail, même des toilettes pouvant accueillir des centaines de personnes, les “pissoirs”, à l’entrée desquels les buveurs posent leur chope pour respecter le panneau d’interdiction d’entrer avec de la bière. Le mariage de Louis 1er a dû être une fête phénoménale, pour avoir tant marqué l’Histoire !
23 septembre 2010 dans
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