C’est mardi 20 octobre à 17 heures, dans la cour d’Honneur de l’Hôtel des Invalides, que le général d’armée Bernard Barrera, Inspecteur général des Armées, fera ses adieux aux armes, une cérémonie présidée par la ministre déléguée auprès de la ministre des armées Geneviève Darrieussecq, chargée de la Mémoire et des Anciens Combattants, et sans doute plus intime en raison des contraintes du confinement, mais qui n’en sera que plus émouvante avec ses amis proches de France et du Mali.

Celui qui, Fantassin et fier de l’être, s’était aguerri en Bosnie, au Kosovo, au Tchad et en Côte d’Ivoire, a préparé en 2012 sa 3e brigade mécanisée de Clermont-Ferrand à être opérationnelle toutes unités et tous moyens confondus. Il était donc prêt à relever le défi que le président de la République lui confia en janvier 2013, intervenir en urgence au Mali avec tous ses hommes pour éviter l’avancée des colonnes rebelles et la prise de la capitale par les forces djihadistes et commander la composante Terre de l’opération Serval.
Soutenue par l’armée de l’air, par les avions de patrouille maritime de l’Aéronavale et par les hélicos de l’ALAT, la brigade Serval a opéré une manoeuvre audacieuse pour repousser les forces djihadistes, les poursuivre et les déloger de leur repaire dans l’Adrar des Ifoghas. Une offensive rapide et renforcée par des blindés et des canons, mais toujours économe en vies humaines, que le général Henri Bentegeat, ancien chef d’état-major des armées, décrit dans sa préface à « Opération Serval » comme « une des batailles les plus dures que l’armée française ait eu à livrer depuis la fin de la guerre d’Algérie ».

La libération de Tombouctou, avec des militaires français acclamés par la population, restera un moment symbolique fort que François Hollande, venu avec le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, avait qualifié de « plus beau jour de sa vie » tant l’émotion était palpable chez ces habitants qui avaient subi la terreur des djihadistes.

Le livre « Opération Serval » est une compilation des notes détaillées tenues au jour le jour par le général Barrera et qu’il m’a montrées un jour alors qu’il était directeur adjoint de la DICOD. Notes qu’il gardait modestement pour ses archives. Une telle mine de renseignements et de réflexion méritait bien d’être publiée, sur une opération hors du commun qui a suscité un très grand intérêt dans les états-majors américain et britannique où le général a été invité à donner des conférences sur le sujet. Intérêt maintenu par l’US Army qui a souhaité en avoir une version anglaise pour ses écoles d’officiers, projet toujours en cours.
Après sa victoire au Mali, conformément à la devise de la 3e brigade « un seul but, la Victoire ! », le général Barrera a affronté d’autres champs de bataille : celui de la communication, un métier difficile, où grâce à son éternel sourire il su renforcer avec les journalistes des liens déjà noués sur le terrain.

Puis en tant que sous-chef plans et major général il a conduit la modernisation de l’armée de terre, mouvement qu’il avait initié quinze ans plus tôt en concevant le programme Scorpion et son environnement numérique « infocentré » appelé alors « Bulle opérationnelle aéroterrestre », et il a eu à gérer la projection de cette armée en termes de combat coopératif, avec une approche interarmes, interarmées et interalliée.

C’est donc un prolongement naturel de ses activités opérationnelles que fera le général Barrera en rejoignant au 1er novembre le groupe Thales en tant que conseiller défense terre du CEO Patrice Caine, auquel il apportera son expertise sur les besoins capacitaires de l’armée de terre, notamment dans la mise en oeuvre du programme Scorpion. Un rôle qu’il voir pleinement actif, un nouveau combat qu’il entend mener pour la France, pour son armée et pour son industrie.
07 octobre 2020 dans Actualité, Défense | Lien permanent | Commentaires (1)
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