
Près de deux mille étudiants se sont massés samedi sur la Place des miracles devant la cathédrale de Pise, entre le Baptistère et la Tour, pour écrire en lettres géantes le slogan “L’alcool non fa miracoli” (l’alcool ne fait aucun miracle) pour protester contre l’alcoolisme chez les jeunes.

La scène a été immortalisée en quelques instants par le photographe spécialisé en vues aériennes Massimo Sestini, le Yann Arthus-Bertrand italien, mais il a fallu quelques heures pour préparer l’événement au centimètre près et arriver à discipliner la masse des jeunes volontaires et former des lettres compactes et lisibles, avec des piquets et des cordes tendues, un effort récompensé par le résultat. Voir ci-joint le petit film qui montre la délicate mise en place des étudiants.
Cette manifestation peu banale, lancée par neuf d’établissements de l’enseignement supérieur de la région de Pise, est un signal d’alarme lancé par les jeunes eux-mêmes, après avoir découvert les statistiques nationales : 8,2 millions d’Italiens sont considérés comme à risque de devenir alcooliques, 1,5 millions de consommateurs courants ont entre 11 et 24 ans, enfin 41,9% des jeunes de la tranche 18-24 ans déclarent consommer de l’alcool en-dehors des repas.

La presse italienne est pleine de ces faits divers où des jeunes perdent la vie à cause des excès de l’alcool, entre comas éthylique, violences d’après boire ou accidents de la route mortels. Plusieurs étudiants expliquent à la presse locale que les mélanges hard, les “shots” à base de vodka-Red Bull ou autres cocktails à base de gin et de rhum, sont souvent un tremplin vers d’autres expériences plus dures, la première étant évidemment la drogue.

Une urgence nationale, qui a justifié le déplacement de la ministre de l’Instruction publique Maria Chiara Carrozza – laquelle avait pour la circonstance revêtu le T-shirt de la manifestation, une Tour de Pise en train de boire de l’alcool – mais un problème qui déborde largement l’Italie si l’on considère les statistiques de l’alcoolémie dans les autres pays européens, la France n’étant pas mal placée dans le palmarès… La ministre a du reste évoqué la possibilité “d’exporter” cette initiative étudiante aux universités de Cambridge, Utrecht ou Lund en Suède ; elle aurait aussi bien pu citer quelques écoles de commerce françaises dont celles fréquentées par mes deux enfants, mais je crois que la tradition est généralisée dans tous ces établissements.
L’appel des étudiants n’est pas de nature radicale et intégriste, on est quand même en Toscane, pays du bon vin, du Chianti, du Brunello et du Sassicaia et de bien d’autres encore. “Nous sommes pour l’alcool comme plaisir mais avec raison, et contre l’alcool qui tue”, ont-ils dit aux journalistes de La Nazione et du Tirreno.
22 décembre 2013 dans Gastronomie, Italie
Laisser un commentaire