Venny Soldan-Brofeldt

Artist, sculptor, and jewelry designer.

L’encrier de Mélanie

Ce soir, c’est récré : je dois répondre à Mélanie, qui s’inquiétait de l’origine et des particularités d’un encrier en forme de char remontant à la première guerre mondiale qu’elle avait vu sur ma note du 24 octobre. C’est un objet à la fois rare et commun, puisqu’en cherchant on en trouve encore aux Puces et chez les antiquaires, et leur prix est très accessible puisqu’ils sont peu demandés, étant très, très démodés, à l’heure où les Poilus disparaissent…

Celui-ci est un Renault FT-17, le premier char français apparu sur les champs de bataille dans la dernière année de la Grande Guerre. Un souvenir de guerre, évidemment créé pour ceux qui l’ont combattue, en tant que militaires ou mobilisés. Une petite plaque en laiton porte le nom du lieu chargé de mémoire, ou de l’unité de chars, ici « souvenir de Metz », ailleurs « souvenir de Mailly », « souvenir de La Courtine », ou encore « souvenir du 501e RCC ». En parcourant régulièrement E-bay, où j’ai emprunté quelques photos, j’en découvre toujours de nouvelles versions.

Au-delà de cette petite différenciation « commerciale », l’objet est unique, et signé. L’artiste signe « A. Ouveb », ou bien « Ouveb », et il faisait des encriers sous des formes très diverses. Dans le cas précis, la signature est sur la trace laissée par la chenille du char dans le sol, derrière la chenille gauche du char. La mention « Inkwell » qui revient sur E-bay est simplement le mot anglais qui veut dire encrier, ce n’est pas une marque. Je n’ai pas retrouvé le nom du fabriquant mais c’était évidemment une création en série. 

Création artistique, sculpture moulée pour le décor, mais le char lui-même est une maquette précise et anguleuse, avec des éléments en métal soudés entre eux et soudés sur la base. La tourelle pivote, seule pièce mobile de la maquette. L’objet dans son ensemble comporte une autre pièce mobile, le couvercle de l’encrier en forme de casque, cachant l’ouverture avec un petit encrier en verre (généralement perdu).

Le char fait 8 cm de long, l’objet en tout fait 13,5 cm, et il est en régule, un alliage d’étain ou de plomb et d’antimoine qu’on utilisait en période de guerre ou d’immédiat après-guerre, quand le cuivre manquait, réservé aux munitions. Un alliage clair au départ, qui s’oxyde ou se patine et devient plus foncé, pas très facile à nettoyer. 

S’il fallait terminer sur une image, cet encrier est proportionné au Renault FT-17. A la même échelle, un Leclerc de Nexter (ex-GIAT), celui qui équipe aujourd’hui les forces françaises, ferait trois fois sa longueur : plutôt encombrant sur un bureau. Alors, Mélanie, surtout gardez cet objet car il est original et représente un témoignage historique, à défaut d’avoir une plus grande valeur marchande.

Voir aussi : http://pierrebayle.typepad.com/tin_tank_toys/

24 janvier 2008 dans Jeux | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

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