
En ouverture de la saison musicale aux Invalides, le toujours bouleversant Requiem en ré mineur de Mozart résonne, lorsqu’il est joué dans la cathédrale Saint-Louis, à quelques mètres du tombeau de Napoléon sous la grande coupole, avec autant de puissance que lorsqu’il a été joué pour le retour des cendres de l’Empereur, le 15 décembre 1840.



Lieu chargé d’histoire et qui porte le souffle de Louis XIV, lequel avait fait jouer un Te Deum en 1706 pour l’achèvement de la cathédrale, ce monument porte d’une manière permanente, et sans doute pour toujours, l’ombre de Napoléon, héros autant positif que négatif et donc humain malgré la taille démesurée du personnage. Un héros dont la popularité internationale ne se dément pas, puisque son tombeau reste l’un des monuments parisiens les plus visités par les touristes du monde entier. Et auquel le Musée consacre non seulement plusieurs salles mais aussi des expositions temporaires comme celle de l’année dernière sur “Napoléon et l’Europe”.
Ce n’est donc pas par hasard si le directeur du musée de l’armée, le Général Christian Baptiste, qui sait déjà faire planer cette ombre impériale sur les concerts d’été et les spectacles son et lumière de la Cour d’honneur des Invalides, a choisi cette œuvre de Mozart pour l’ouverture vendredi dernier des concerts du musée de l’armée.
Sous la direction de Fayçal Karoui, l’orchestre et le chœur Lamoureux ont interprété le Requiem avec virtuosité et passion, la virtuosité d’un orchestre qui existe depuis 1881 et que Karoui dirige depuis 2011, et la passion des choristes amateurs qui forment ce chœur Lamoureux depuis 2012, et dont les voix les plus juvéniles donnaient une fougue particulière aux passages les plus forts du Requiem.
Le public a rendu aussi un hommage particulier aux solistes, originaux et remarquables : la soprano Magali Léger (à gauche), aussi étonnante à voir qu’à entendre avec des sentiments exprimés à fleur de peau, la mezzo-soprano Isabelle Druet, elle aussi très émouvante, le ténor Philippe Do et le baryton Renaud Delaigue, à la voix d’une profondeur magnifique.
Le ténor Philippe Do, contrairement aux autres solistes qui suivent la partition même quand ce n’est pas leur tour, croise les mains et ferme les yeux dans un exercice de concentration qui ressemble à une prière, ce qui n’a rien d’incongru pour un Requiem. Leur présence, très forte, est superbement mise en valeur par l’enthousiasme des choristes, et c’est aussi le mérite du chef de chœur Patrick Marco, légitimement appelé par le chef d’orchestre Fayçal Karoui pour partager les applaudissements.
J’arrête là, n’étant pas critique musical mais simple mélomane à la compétence limitée puisque que je n’écoute que ce que j’aime ; justement je voulais partager l’émotion que je ressens chaque fois que j’écoute le Requiem, et encore plus dans ce lieu avec lequel il entrait en résonnance. C’était aussi pour remarquer l’effort fait par cette institution de la défense qu’est le musée de l’armée, sous l’impulsion de son brillant directeur, pour faire rayonner à la fois la culture et les valeurs universelles de la France. D’autant que le spectacle était donné en solidarité avec le Souvenir français. Et c’est aussi un clin d’œil à mon ami Jean-François qui me reprochait de ne jamais parler de musique – au fait, je viens d’écouter la version du requiem “complétée” dans le final et modifiée dans l’interprétation générale par l’élève de Mozart Sigismund Neukomm pour être jouée en décembre 1819 à Rio de Janeiro : intéressant.
04 octobre 2014 dans Défense, Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
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