
Le départ d’une course transatlantique est un moment magnifique, et celui de la Transat Jacques Vabre ce week-end au Havre a bénéficié d’un temps spectaculaire, ajoutant l’émotion d’un spectacle grandiose à celle du début d’une aventure où la technologie ne remplace pas, bien au contraire, l’engagement humain et la prise de risque.



Le bassin Paul Vatine, dans le port du Havre, était plein de milliers de personnes dès samedi, entre équipages affairés aux derniers préparatifs, sponsors en visite, organisateurs en effervescence et spectateurs passionnés ou simples touristes, se bousculant pour voir de plus près ces merveilleux fous voilants dans leurs drôles de machines.



Un spectacle particulièrement bien mis en scène avec, d’un côté du bassin, face aux concurrents hyper-technologiques, de superbes vieux gréements dont l’Etoile du Roy, l’Etoile Molène, l’Etoile de France, la pilotine du Havre H23…



… et en face, les énormes trimarans dont Macif, Actual, Sodebo et Prince de Bretagne, aux formes futuristes et semblant à peine posés sur l’eau comme des insectes, malgré leur masse. Comme un clin d’oeil, Prince de Bretagne vantait les fruits et légumes de la marque illustrant la voile avec un slogan au-dessus de la ligne de flottaison : “défendons le goût des légumes frais”. Plus écolo, pas possible !



Plus “humains” dans leurs proportions, les IMOCA 60 pieds (18,28 m) et Classe 40 pieds (12,19 m), où la technologie s’exprime en améliorant le monocoque classique, notamment avec des foils (déjà baptisés moustaches) pour améliorer l’hydrodynamique, comme sur le Safran construit à Lorient et terminé en mars dernier, ou le Hugo Boss.



Spectacle haut en couleurs, à la gloire des armateurs et des annonceurs, où le bateau vu de près ressemble à un produit publicitaire, d’autant qu’il est pour le moment statique. Les équipages et leurs soutiens mettent la dernière main, qui en graissant la rainure du mat, qui en recousant un coin de voile, comme indifférents à la foule qui se presse sur le quai.
Très soutenus par les visiteurs, Samantha Davies et Tanguy de Lamotte, l’équipage du K.Line, le bateau de “Initiatives coeur.fr”, une opération de mécénat pour la chirurgie cardiaque infantile avec pour slogan “sauvez un enfant”.
Soirée tendue, avec spectacle brésilien en hommage à Itajai, le but de cette Transat, puis feu d’artifice final qui se reflète dans l’eau du bassin. Un bassin qui va se vider avant l’aube, car la sortie du port par l’étroit canal de sortie est programmée sur plusieurs heures, pour permettre à tous les bateaux de gagner la ligne de départ au large du Havre et être prêts avant le départ à 13h30.



Dimanche matin, c’est un soleil radieux qui se lève sur le site. Un temps magnifique, presque trop beau puisqu’il n’y a que trop peu de vent. Les concurrents vont se placer vers la ligne de départ, marquée par deux bouées jaunes, et protégée par un patrouilleur de la marine nationale, des unités des affaires maritimes et de la gendarmerie maritime, et des canots de l’organisation qui maintiennent hors du périmètre la foule des embarcations de tout type venues assister au grand départ, dont les canots à moteur des parrains de chaque équipage.



Ils sont enfin tous là, et les hélicoptères des télévisions tournent au-dessus de la ligne de départ alors qu’on entend le compte à rebours diffusé par toutes les radios… Dernier suspens avant de voir le grand démarrage.
Le spectacle pour l’instant est derrière, offert par les vieux gréements qui continuent à évoluer tranquillement, à leur rythme et se faufilant au milieu des embarcations à moteur dont le ballet s’intensifie.



Ca y est, c’est parti ! Mais rien en se passe… De loin, avec si peu de vent, le mouvement est imperceptible, les gros multicoques sont comme collés sur place. Il faudra un bon quart d’heure pour qu’on arrive à distinguer les premières trajectoires vers le cap d’Antifer, les premières prises de vent, le début du début d’une si longue traversée.
Edmond de Rothschild et TheHumbleHeroes dans les monocoques, Macif dans les multicoques, ce sont de très belles envolées qui commencent, il y a un peu de vent en se rapprochant de la falaise, les trajectoires se regroupent vers la côte, avant de virer à l’ouest pour reprendre ensuite vers Antifer.



Les réglages se font au plus fin, pour capter ce début de brise. Le départ est très échelonné, certains sont déjà loin alors que les derniers franchissent à peine la ligne des deux bouées jaunes.



Sur l’application offerte par la Transat Jacques Vabre, on peut suivre sur son mobile les trajectoires des concurrents, et l’écheveau très embrouillé du départ devient un entrelacs de lignes se dirigeant vers la falaise, avant que les bateaux ne tirent leur premier bord.
C’est une dernière occasion d’approcher des bateaux, de saluer les équipages. Le K.Line de Tanguy de Lamotte et Samantha Davies, parti en bonne position, maintient une bonne allure.



Sur le Safran aux foils jaune vif, donc un IMOCA de nouvelle génération, Morgan Lagravière et son co-équipier Nicolas Lunven préparent le changement de bord, concentrés sur le déplacement des charges et le réglage des écoutes. Ils sont derrière Hugo Boss, qui vient de virer de bord…
Le Safran vire à son tour, mais serre le vent un tout petit peu plus que Hugo Boss, pour se rapprocher un peu plus d’Antifer. Petites manœuvres à l’échelle d’une traversée de l’Atlantique de 5.400 milles, mais qui montrent le talent et l’agressivité des concurrents. C’est la course, dès la première heure !

Ils sont partis. Les bateaux d’escorte, petits et gros, cessent progressivement la poursuite. Les bateaux de la Transat vont doubler le cap Antifer, passer les deux bouées et foncer vers la Manche. la vraie traversée commence. Bon vent, bonne mer à ceux qui vont peu dormir pendant une douzaine de jours !
25 octobre 2015 dans Sports, Voile, Voyages | Lien permanent | Commentaires (0)
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