
Toujours avant-gardiste sur son socle de traditions, le musée de céramique de Sèvres, devenu “Cité de la céramique”, propose une belle exposition consacrée au mariage audacieux du verre et de la porcelaine à travers l’œuvre du grand artiste italien aujourd’hui disparu Ettore Sottsass (1917-2007).


Un mariage de deux techniques et de deux matières qu’il a réussi, au fil des ans, au fil de l’imagination et d’un long travail de recherches et de mises au point, en mariant les savoir-faire de la manufacture de Sèvres (ci-dessous à gauche) et du Centre international de recherche sur le verre et les arts plastiques (CIRVA).

Diplômé en architecture, designer pour de grands groupes comme Olivetti, Sottsass ne créait pas dans un atelier isolé, mais au contact le plus étroit avec l’industrie et la technologie, essayant les formes, les matières et les couleurs en donnant vie aux objets les pus utilitaires, depuis son atelier milanais.



Puis, à la suite d’une triple expérience de voyage initiatique en Inde, de découverte des Etats-Unis et de la beat generation, puis de l’épreuve d’une grave maladie, Ettore Sottsass s’émancipe de l’art utilitaire lié à l’industrie et au commerce et se lance dans une recherche dépouillée des formes et des matières pour elles-mêmes, d’où cette rencontre du verre et de la porcelaine. En 1981, il fonde avec d’autres artistes le groupe Memphis qui veut affranchir le design de ses applications utilitaires.


Derrière la prouesse technique qui le fait travailler avec les plus grands spécialistes de ces deux matières, Sottsass noue une coopération permanente avec Sèvres en 1994 et avec le CIRVA à partir de 1998. Il a la chance de rencontrer des responsables et des techniciens ouverts à l’expérience innovante et qui l’accompagnent dans ses tentatives, dont certaines seront achevées après sa mort en 2007, à partir de ses plans et dessins.


Le résultat est étonnant, car très inhabituel. On cherche l’utilité des objets en blanc et or qui forment un très beau milieu de table (ci-dessous à droite), puis on se souvient que le choix délibéré est que ce ne soient pas des objets utilitaires mais bien des éléments décoratifs…


Bernard Palissy, en statue à l’entrée du musée national de la céramique, rebaptisé “Cité de la céramique”, avait brûlé ses meubles pour percer les secrets de cuisson de la faïence. Sottsass n’a pas été obligé d’en faire autant, mais il a eu la même fièvre expérimentatrice.


Le résultat est qu’il a laissé des objets qui ne donnent pas seulement envie de les avoir pour les regarder, mais qui sont une incitation à la création. C’est certainement le mérite de la scénographie de cette exposition qui rassemble les plus belles pièces de Sottsass, imaginée et réalisée par Michele De Lucchi, son ami et collègue designer au sein du groupe Memphis. A voir, jusqu’en juillet…

01 juin 2013 dans Italie, Sèvres | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)
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