Venny Soldan-Brofeldt

Artist, sculptor, and jewelry designer.

Visite à Armande Béjart

Armande Béjart reçoit librement, même en dehors des Journées du patrimoine : sa maison à Meudon, très joliment restaurée, est un musée où l’on apprécie à la fois l’aménagement de la fin du 17e siècle, avec des escaliers et des pavements superbes, la peinture classique avec une exposition sur l’art des paysages, et l’art contemporain avec des sculptures et des œuvres qui s’intègrent parfaitement dans le décor et qu’on trouve aussi dans le jardin qui s’étend en contrebas du parc de l’Observatoire.

Ouverte au public tous les jours de 14h à 18h sauf le lundi, la maison est discrète, dans la rue des Pierres, une rue tranquille et en montée. Passée la porte cochère, modeste, la cour est baignée de lumière et la maison est entièrement tournée vers son jardin, avec une jolie façade insoupçonnable de la rue et ce jardin vaste et très agréable.

Elle a été au XVIe siècle la maison du chirurgien Ambroise Paré, qui y meurt en 1590. En 1676 elle est rachetée par la comédienne Armande Béjart, veuve de Molière depuis 1673, et qui épousera en 1677 Guérin d’Estriché, également comédien. Vendue après sa mort en 1700 et divisée ensuite en appartements de location, la maison sera classée monument historique en 1897. Rachetée en 1941 par la ville de Meudon et transformée en musée en 1973, elle a été tout récemment restaurée.

On va arrêter là le côté Guide bleu (ou vert), mais cette maison respire une ambiance qu’on ne comprend que si on connaît la richesse de son passé – voilà, c’est fait – et mérite certainement d’être mieux connue, pénalisée d’être cachée au creux d’une colline paisible dans une banlieue si tranquille et résidentielle !

La visite est gratuite, détail important pour les familles, et quelques habitués viennent profiter du jardin, où des fauteuils sont installés entre les arbres et les statues modernes. Mais commençons par la maison. Le public accède aux expositions du rez de cour et du premier étage, le deuxième étant privatif, avec les bureaux de ce musée d’art et d’histoire de la ville de Meudon.

En entrant, on commence par deux salles qui évoquent les deux patrimoines de l’agglomération : d’un côté le château de Meudon avec de belles maquettes et des gravures et peintures de ce qui n’existe plus, le château ayant été incendié à deux reprises, une fois après la révolution de 1789, une deuxième fois après son occupation par les Prussiens en 1870. Il n’en reste aujourd’hui que la partie transformée en observatoire, et l’orangerie en contrebas de la terrasse. De l’autre côté, une évocation également en images et reproductions des activités traditionnelles du verre et du plâtre.

Deux très jolis escaliers en bois, de chaque côté de la maison, ont encore des tomettes d’époque lointaine – je ne saurais dire laquelle, mais du genre qu’on ne trouve pas chez Castorama. Au premier étage, une enfilade de pièces pas très spacieuses a été valorisée par la restauration des poutres et la peinture des murs en couleurs douces, mettant bien en relief les œuvres exposées, avec un éclairage et des explications également valorisants et conservant une ambiance intime. 

(Ci-dessus à gauche : Andreas Beck, bronze 1978, Incommunicabilité ou dialogue de sourds ; à droite : Dietrich Mohr, acier inoxydable 1985, Ouverture de Midi)

Une première exposition est consacrée à une série de tableaux, sculptures et tapisseries d’art contemporain, il faut se laisser mener par l’inspiration, les œuvres attirent de loin, taches de couleur éclairées dans l’enfilade des couleurs ou, au contraire, sculptures cachées au détour d’un mur et surprenant le regard qui les découvre. 

(Ci-dessus à gauche : Jean Le Moal, fresque sur ciment, sans date, Cérès)

Dans une salle plus traditionnelle, faisant séparation, une belle tapisserie et un tableau évoquant l’abjuration d’Henri IV, la fameuse messe que valait bien Paris (« Paris vaut bien une messe ») où l’on remarque l’expression narquoise de plusieurs dignitaires catholiques, mais peut-être ai-je interprété librement la main du peintre…

La deuxième exposition est consacrée au paysage à travers l’art classique, avec une partie consacrée spécifiquement à la colline de Meudon et à la boucle de la Seine vue par les peintres de différentes époques (voir mon dernier post sur l’île Seguin), et une autre au paysage en général, avec des œuvres peu nombreuses mais représentatives de sensibilités très différentes, de la peinture minutieusement détaillée de l’américain, au paysage esquissé façon impressionniste de

(Ci-dessus à gauche : Albert Marquet, L’Ile aux cygnes, 1019 ; à droite : Franck Boggs, Giboulées de mars – vue du Port Saint-Paul à Paris, 1896).

Le jardin ne se “visite” pas, il se parcourt tranquillement, car les sculptures modernes même les plus agressives ne sont pas exposées, elles sont au contraire totalement intégrées à la nature qui les entoure, bosquets, massifs de roses et carrés de pelouse où l’on peut s’asseoir et jouer librement sans devoir enjamber de clôture ni se faire poursuivre par des gardiens. Un havre de paix à dix minutes de Paris !

15 septembre 2012 dans Sèvres | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

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