
C’est l’association des riverains de l’île Seguin, dans la boucle de la Seine entre Boulogne et le Bas-Meudon, qui lance à nouveau un cri d’alarme sur les menaces de bétonnage qui pèsent de manière insistante sur un lieu provisoirement préservé; un lieu miraculeusement redevenu le jardin célébré par les peintres avant que les usines Renault en fassent la célèbre citadelle industrielle cachée par des hauts murs (ci-dessous à gauche), de 1929 jusqu’à sa fermeture en 1992 et sa démolition en 2004.


Dominé par les collines de Saint-Cloud et de Brimborion, ce site de la grande boucle a été peint par des artistes de toutes les époques, jusqu’aux impressionnistes. On peut en voir quelques beaux exemples dans un musée de la ville de Meudon à peine rénové, l’ancienne maison d’Armande Béjart, épouse et veuve de Molière, rue des Pierres, qui donne sur un très joli jardin en-dessous du parc de l’Observatoire.
(Ci-dessous à gauche, La vallée de la Seine et l’île Seguin, E. Poteau, 1897 – à droite vue de de l’île depuis le pont de Sèvres, côté Sèvres)


Mais il faut y aller physiquement car les tableaux sont présentés dans la pénombre, par souci de conservation, et ces quelques photos n’en donnent qu’une faible idée. Il faut aller voir ces tableaux, s’en imprégner puis se promener sans se presser sur les rives de la Seine, sur les collines qui surplombent cette boucle, à Saint-Cloud – mais les arbres y cachent un peu la vue – et à Bellevue, car du parc de Brimborion on ne voit presque rien non plus, toujours à cause de la végétation.
(Ci-dessous à gauche, La Seine au Bas-Meudon, Eugène Bataille, 1881 – à droite, rive de Sèvres et Bas-Meudon, avec ses péniches, sous l’immeuble du CNRS)


De Boulogne et du Pont de Sèvres aussi, les vues sont belles, et le risque de voir disparaître ce paysage redevenu si champêtre ne peut qu’inciter à en profiter maintenant, sans attendre. Certains de ces tableaux sont d’une précision incroyable. Un petit immeuble du Bas-Meudon avec une façade en demi-lune existe encore, laissé pour l’instant intact par la vague de chantiers qui remodèlent jour après jour la rive entre le Bas-Meudon et Issy les Moulineaux.
(Ci-dessous à gauche, Le Pont de Sèvres et l’île Seguin, Alexandre Dunouy, 1821 – à droite, l’île vue de la rive de Sèvres avec le cirque et le restaurant).


Le Pont de Sèvres, qui domine l’île Seguin légèrement en aval de celle-ci, était autrefois un pont à arches multiples, tel qu’on le voit sur plusieurs tableaux. Il est aujourd’hui un pont moderne enjambant la Seine avec une pile seulement, sauf erreur, laissant libre la navigation des deux côtés de l’île.
(Ci-dessous, à gauche, La Seine au Bas-Meudon, Prosper Galerne, 1878 – à droite la même rive avec les voies du tram, exactement au même endroit où passait une voie ferrée à la fin du 19e siècle)


L’île elle-même est à redécouvrir. Dans un appel intitulé « Ile Seguin : dépêchez-vous d’en profiter… tout sera détruit ! », et illustré par de belles photos de l’intérieur de l’île, le site de l’association met en garde contre toute illusion sur le devenir de ce lieu, car tout ce qui y est présenté est « purement provisoire ».
(Ci-dessous, L’île Seguin vue des Terrasses de Meudon, Louis Tauzin, 1900 – à droite, l’île vue depuis la rive de Boulogne, avec les coteaux de Brimborion).


Certes, durant l’été, les riverains ont pu jouir du jardin, qui pousse peu à peu, et les parents des jeux qui font le bonheur de leurs enfants. Pas de guinguettes mais un restaurant, Les grandes tables de l’Ile Seguin, pour “gourmets branchés”, commente l’association. “Plus loin le chapiteau blanc du cirque fait désormais partie du paysage et s’anime régulièrement par la venue de différentes troupes. Enfin Renault revient sur l’Ile Seguin, avec l’installation de son centre d’essai pour voitures électriques.”
Cette semaine est inaugurée sur l’île un “pavillon sur l’Ile Seguin”, lieu destiné à célébrer la mémoire et l’avenir du site, mais qui ne doit pas faire illusion, affirme l’association : « avec l’ouverture de ce pavillon, petit à petit la vie continue à s’installer sur l’Ile ; les Boulonnais en viendraient presque à penser que leur Maire respecte les promesses de 2008 et leur construit l’Ile verte et bleue qu’il leur avait promise ».
Mais, poursuit l’association des riverains, « dans son « mémoire de défense » de 31 pages adressé le 31 juillet 2012 au Tribunal Administratif de Cergy Pontoise en réponse aux recours en justice déposés par les association de défense des habitants et des riverains, le Maire de Boulogne-Billancourt, par la voix de son avocat, défend farouchement son projet de révision du Plan Local d’Urbanisme lui permettant de bétonner l’ile à hauteur d’une constructibilité de 310 000m2, soit trois fois plus que ce qu’il avait promis, et de la couvrir du nombre de tours qu’il lui plaira. Seule l’annulation de cette révision du PLU permettrait pourtant de garantir sur le plan juridique les habitants qu’ils seront définitivement débarrassés de ce projet insensé de bétonnage et de tours.
« Chers riverains, profitez en tant qu’il est encore temps ! Il est temps de revenir à la raison, d’annuler le projet de bétonnage massif de l’Ile, de construire en lieu et place de l’éphémère un projet équilibré, durable et formant consensus avec les habitants ».

12 septembre 2012 dans Sèvres | Lien permanent | Commentaires (1) | TrackBack (0)
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